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Hercule Mourant
tragédie lyrique,
en cinq actes.

Représentée pour la première fois par l'Académie Royale de Musique,
 le Vendredi 3 Avril 1761.

Livret de Marmontel,
Musique d'Antoine  Dauvergne




 

 



 


 

Acteurs

HERCULE.
DÉJANIRE, Épouse d'Hercule.
HILUS, Fils d'Hercule & de Déjanire.
PHILOCTÈTE, Compagnon d'Hercule.
IOLE, Princesse captive.
LICHAS, Esclave d'Hercule.
DIRCÉ, Confidente de Déjanire.
JUPITER.
JUNON.
LA JALOUSIE.

CHŒUR de Thessaliens.
CHŒUR de Captifs.
CHŒUR de Combattants dans les Jeux Olympiques.
CHŒUR de Prêtres de Jupiter.
CHŒUR de Femmes Suivantes de Déjanire.
CHŒUR de Guerriers Compagnons d'Hercule.
CHŒUR de Divinités célestes.

 

Hercule mourant

ACTE PREMIER.

Le Théâtre représente le Palais d'Hercule à Trachine.

Scène Première.

DÉJANIRE, DIRCÉ.

DÉJANIRE.
Dircé, voici le jour où mon sort se décide,
Le jour qui doit me rendre Alcide,
Hélas ! s'il peut m'être rendu.
Lui-même il a marqué ce terme à son absence,
Et ce jour expiré, tout espoir est perdu.

DIRCÉ.
Junon le tient sous sa puissance :
Elle a prolongé ses travaux.

DÉJANIRE.
Dieux ! encor des dangers nouveaux !
Ne vous lassez-vous point d'éprouver sa constance ?
Il vit pour l'Univers ; il ne vit plus pour nous.
Faible, plaintive, errante, aux larmes condamnée
Sa famille est abandonnée.
Il dédaigne les soins & de père & d'époux.

DIRCÉ.
De tous les ennuis qu'il vous cause
Sa gloire doit vous consoler.

DÉJANIRE.
Sa gloire ? Ah ! sans frémir puis-je me rappeler
Les périls, les combats où sa valeur l'expose ?
Je crois le voir environné
Des monstres de Némée & de ceux d'Érimante :
J'entends les sifflements de l'Hydre menaçante,
J'entends les cris affreux de Cerbère enchaîné ;
Et mon époux sans cesse à mes yeux se présente
Luttant contre le sort, à le perdre obstiné.

 

Scène II.

DÉJANIRE, HILUS, DIRCÉ.

DÉJANIRE, à Hilus.
Mais, que vois-je ? mon fils ! en quels lieux est Alcide ?

HILUS.
Il revient ; Junon même à ce vainqueur rapide
Se lasse d'opposer d'inutiles efforts.
Au pied du mont Olympe un saint devoir l'arrête.
A Jupiter son père il consacre une fête.
Cependant ses captifs s'avancent vers ces bords.
Dans les fers du vainqueur, une beauté céleste
Attire & charme tous les yeux.

DÉJANIRE.
Et quelle est cette esclave ?

HILUS.
Un silence modeste
Nous cache son pays, son rang & ses aïeux ;
Mais si j'en crois mon coeur, elle est du sang des Dieux.
Tout en elle intéresse, enchante.
Avec elle on gémit de sa captivité.
Ah, que la douleur est touchante
Lorsqu'elle afflige la beauté !

Verrez-vous sans pitié cette aimable captive ?
Il est si cruel d'accabler
L'innocence faible & craintive,
Et si doux de la consoler.

DÉJANIRE.
Pense au retour d'Alcide, à ce jour plein de charmes.
Dis-moi qu'il vient tarir les larmes
Que son absence a fait couler.

Mais j'entends des chants de victoire.

 

Scène III.

DÉJANIRE, DIRCÉ, HILUS,
Peuple Thessalien, qui vient féliciter Déjanire sur le retour d'Hercule.

CHŒUR.
Victoire, victoire !
Le Vainqueur des Tyrans revient dans nos climats :
Il est précédé par la gloire,
Et la paix vole sur ses pas.
Victoire, &c.

(On danse.)

UNE THESSALIENNE.
Triomphe aimable paix, enchaîne les Héros :
Ton règne est le printemps du monde.

Que jamais la trompette à nos voix ne réponde,
Que la seule musette éveille les échos.
Triomphe aimable paix, enchaîne les Héros
Ton règne est le printemps du monde.

(On danse.)

DÉJANIRE.
Peuple, c'est votre appui qui revient dans ces lieux :
Allons à son retour intéresser les Dieux.

 

Scène IV.

Tandis que Déjanire & le Peuple se retirent, Junon paraît dans les airs, poursuivie par la jalousie.

JUNON, LA JALOUSIE.

JUNON.
N'es-tu qu'à moi seule fatale,
Jalousie infernale ?
Dans les Cieux, sur la Terre attachée à mes pas,
Tu montes sur mon char, tu ne me quittes pas.

N'es-tu qu'à moi seule fatale,
Jalousie infernale ?
Ne fais-tu tourmenter que le coeur de Junon ?
Vois la gloire d'Alcide, & l'éclat de son nom ;
Vois le triomphe heureux que ce rivage étale.

Jalousie infernale,
Ne sais-tu tourmenter que le coeur de Junon ?

LA JALOUSIE.
Non, non, dans la nature entière
Tous les heureux sont mes rivaux.
Je voudrais du Soleil obscurcir la lumière ;
D'Alcide en frémissant j'admire les travaux.
Le bonheur de Déjanire
Me révolte, me déchire :
Je voudrais l'en punir par des tourments nouveaux.

JUNON.
Va, répands dans son sein les feux qui me consument,
Ces feux que la vengeance & que l'amour allument.
Déjanire aime son époux ;
Invisible à ses yeux, & sans cesse autour d'elle,
Va signaler ta rage en servant mon courroux.

LA JALOUSIE.
Noirs soupçons, tourments jaloux,
Par la voix de Dircé, sa compagne fidèle,
Venez percer son coeur des plus sensibles coups.

LA FURIE & JUNON.
Que le désespoir, la fureur
Embrasent, dévorent son âme ;
Qu'elle immole, dans son erreur,
Le fatal objet de sa flamme ;
Que Jupiter lui-même en frémisse d'horreur.

FIN DU PREMIER ACTE.

 

ACTE SECOND.

Le Théâtre représente les Jardins du Palais d'Hercule sur le bord de la mer.

Scène Première.

IOLE, seule.
Quelle voix suspend mes alarmes ?
Quel Dieu vient adoucir la rigueur de mes fers ?
En parcourant ces vastes mers
Mes yeux ne versent plus de larmes.
Que dis-je ? mon exil, mes malheurs me sont chers.
Pour moi l'esclavage a des charmes.

Un calme heureux succède au tumulte des armes ;
Et j'oublie en ces lieux les plus cruels revers.
Quelle voix suspend mes alarmes ?
Quel Dieu vient adoucir la rigueur de mes fers ?

 

Scène II.

IOLE, HILUS.

HILUS.
Venez, fille des Rois, il est temps de paraître.
Le rang où le Ciel vus fit naître
N'est plus ignoré dans ces lieux.
Moi-même, avant de le connaître,
J'ai lu vos destins dans vos yeux.
L'amour vous a soumis un coeur dont il est maître.
La beauté pour régner n'a pas besoin d'aïeux.

IOLE.
Laissez gémir votre victime.
Nos coeurs sont-ils faits pour l'amour ?
Et puis-je pardonner au sang qui vous anime
Sans révolter celui qui me donna le jour ?
Hilus, mon père est mort.

HILUS.
Il est mort avec gloire.
C'est le crime de la Victoire,
Et non pas celui du vainqueur.
Mais, faut-il vous venger en me perçant le coeur ?
Frappez.

IOLE.
Vous n'êtes point coupable.

HILUS.
Pourquoi donc m'accabler d'une injuste rigueur ?

IOLE.
Hélas ! à travers ma douleur
Voyez-vous éclater une haine implacable ?
Non, non, vous n'êtes point coupable.

Héros sensible & généreux,
Vous serez assez malheureux,
Sans que ma haine vous accable.

HILUS.
Si vous m'aimiez, quel bien manquerait à mes voeux ?

IOLE.
Ah ! je frémis des maux que l'amour nous prépare.
Mais, dois-je révéler ce mystère fatal ?

HILUS.
Ah, parlez. Quel effroi de mon âme s'empare !

IOLE.
Perfide époux, tyran barbare,
Alcide ose m'aimer.

HILUS.
Mon père est mon rival !

IOLE.
Fille de Palénor, j'ai vu la flamme errante
Répandre dans nos murs sa fureur dévorante.
J'ai vu le vainqueur inhumain
Dans les fers me traîner mourante ;
Et je l'ai vu m'offrir sa main
Qui du sang de mon père était encor fumante.

HILUS.
O Dieux ! qu'ai-je entendu !

IOLE.
Son amour criminel
Vient m'attacher à lui par un noeud solennel.

HILUS.
O mère infortunée ! ô malheureuse épouse !

IOLE.
Tremblez que sa fureur jalouse
Ne le rende encor plus cruel.

De nous voir & de nous entendre
Fuyons s'il se peut le danger.
Un regard, un soupir est facile à surprendre ;
Le mystère en amour est un voile léger,
Et tout peut trahir un coeur tendre.
De nous voir & de nous entendre
Fuyons, s'il se peut, le danger.

ENSEMBLE.
Le plaisir de mêler nos larmes
N'adoucira plus nos malheurs.
La pitié dans vos yeux a pour moi trop de charmes.
Oubliez mes alarmes,
Cachez-moi vos douleurs.
La pitié dans vos yeux a pour moi trop de charmes.

(Iole sort.)

 

Scène III.

DÉJANIRE, HILUS, DIRCÉ.

DÉJANIRE, vivement.
Mon fils, que tes vaisseaux, avant la fin du jour,
Soient prêts à s'élancer sur la plaine liquide.
Chargés de mes présents, vole au-devant d'Alcide,
Va lui porter l'hommage & les voeux de l'amour.

 

Scène IV.

DÉJANIRE, DIRCÉ.

DÉJANIRE.
De mon bonheur puis-je douter encore,
Dircé ? J'aime un Héros que l'Univers adore,
Le digne sang des Dieux, l'exemple des mortels,
Un fils dont Jupiter s'honore,
Qui doit lui-même un jour partager ses autels.

DIRCÉ.
Puisse le tendre amour dont vous brûlez sans cesse
Ne jamais vous coûter de pleurs !

DÉJANIRE.
Avec mille vertus Alcide eut sa faiblesse.
Les plaisirs sur ses pas ont répandu des fleurs ;
Ils ont égaré sa jeunesse.
Le charme enfin s'est dissipé.
Il s'éloigne d'Omphale, il me tient sa promesse,
Il vient me rendre un coeur de mois seule occupé.

 

Scène V.

DÉJANIRE, DIRCÉ, IOLE, LES CAPTIFS.

(Marche dansée, pendant laquelle les Captifs présentent les tributs de leurs climats.)

(Pendant la Marche, Iole reste au fond du Théâtre.)

CHŒUR DE CAPTIFS.
Épouse d'un Héros qui des Dieux est l'image,
L'amour & l'effroi des humains ;
Des coeurs qu'il a soumis recevez l'humble hommage.
Sa valeur n'eut jamais enchaîné que nos mains ;
Sa clémence a fait davantage.

DÉJANIRE.
Que de ces fers on les dégage.

(On danse.)

UNE CAPTIVE.
Je trouve mes Dieux
Partout où l'on aime.
Pour tous, en tous lieux
L'amour est le même.
Vaincus & vainqueurs,
Sous sa loi suprême
Il tient tous les coeurs.

LE CHŒUR.
Nous trouvons nos Dieux
Partout où l'on aime, &c.

LE MÊME.
Parmi les lauriers,
A l'ombre d'un hêtre,
Bergers, ou guerriers
Nous n'avons qu'un maître.
Aimé dans les fers
L'Esclave croit être
Roi de l'Univers.

LE CHŒUR.
Nous trouvons nos Dieux, &c.

(On danse.)

(Iole s'avance pour rendre hommage à Déjanire.)

DÉJANIRE, à Iole.
Princesse, au gré de la victoire,
Les trônes tour à tour sont détruits ou fondés.
Le sort vous a trahie, & nous a secondés ;
Mais à vaincre le sort un grand coeur met sa gloire.
Vos droits vous sont rendus dans cet heureux séjour.
Du fils de Jupiter la Cour est votre asile.

IOLE.
Le malheur fuit l'éclat du jour,
Il ne veut qu'un oubli tranquille.

DÉJANIRE.
Non, non, si mes voeux sont remplis,
Vous ne gémirez plus du malheur qui vous presse.
Dans ces lieux, par vous embellis,
A vos destins tout s'intéresse.

IOLE, à part.
Et pour elle & pour moi quel horrible avenir !

(A Déjanire.)
Si vous êtes sensible aux pleurs de l'innocence,
De ces bords dangereux laissez-moi me bannir.
Laissez-moi retourner aux lieux de ma naissance,
Y pleurer mes malheurs.

DÉJANIRE.
Non ; je veux les finir.

IOLE.
Si vous êtes sensible aux pleurs de l'innocence,
De ces bords dangereux laissez-moi me bannir.

DÉJANIRE.
C'en est assez. Alcide en ces lieux va venir ;
Et vous êtes sous sa puissance.

(Iole se retire.)

 

Scène VI.

DÉJANIRE, DIRCÉ.

DIRCÉ, vivement.
Est-ce à vous de la retenir ?
Apprenez qu'Alcide l'adore.

DÉJANIRE.
Dieux, qu'entends-je !

DIRCÉ.
On dit plus encore :
Au mépris de vos feux l'hymen va les unir.

DÉJANIRE.
Et qui t'a révélé le crime du perfide ?

DIRCÉ.
L'Esclave favori d'Alcide,
Lichas a publié ce mystère odieux.
Daignez l'interroger.

DÉJANIRE.
Moi ! rougir à ses yeux !
Hélas ! pour m'accabler en faut-il davantage ?
Je n'en ai que trop entendu.
Cette esclave est tremblante & veut fuir ce rivage ;
J'ai vu mon fils lui-même interdit, confondu.
Du crime de l'ingrat leur trouble est le présage.
La honte, la douleur, le désespoir, la rage
Déchirent mon coeur éperdu.
C'en est fait, mes enfants, vous avez tout perdu.
L'opprobre & l'abandon, voilà votre partage.
Père barbare !... ô Dieux qui me l'avez rendu,
Dans les pleurs ne l'ai-je attendu,
Que pour lui voir briser le saint noeud qui l'engage ?
Est-ce là le prix qui m'est dû ?
Non, je ne puis survivre à ce dernier outrage.
La honte, la douleur, le désespoir, la rage
Déchirent mon coeur éperdu.

DIRCÉ.
Pour ramener l'ingrat n'avez-vous point encore
Ce tissu précieux, ce présent du Centaure ?

DÉJANIRE.
Ah, Dircé, quel recours ! je rougis d'y penser.

DIRCÉ.
Vous laisserez-vous offenser ?
Dans ce voile enchanté l'amour cache sa flamme.
C'est un charme puissant pour attendrir son âme :
Nessus vous l'a prédit expirant à vos yeux.

DÉJANIRE.
Je ne me connais plus... je tremble, je frissonne...
Au trouble de mes sens ma raison m'abandonne.
Je le vois préparer cet hymen odieux...
Je périrai moi-même avant qu'il s'accomplisse.
Viens. A la perfidie opposons l'artifice :
C'est le dernier espoir que me laissent les Dieux.

FIN DU SECOND ACTE.

 

ACTE TROISIÈME.

Le lieu de la Scène est un Amphithéâtre, au-delà duquel on voit le Temple de Jupiter.

Scène première.

HERCULE, seul.
Trompeuse image de ma gloire,
Cachez ma honte à l'Univers.
Destructeur des Tyrans de la terre & des mers,
Je ne puis sur mon coeur remporter la victoire ;
Et dompté par l'amour, je languis dans ses fers.
Trompeuse image de ma gloire,
Cachez ma honte à l'Univers.

 

Scène II.

HERCULE, PHILOCTÈTE.

PHILOCTÈTE.
Au pied du mont Olympe, une illustre jeunesse
Vient célébrer les jeux que tu fais publier.

HERCULE.
Puissent-ils me faire oublier
Les charmes que j'évite & que je vois sans cesse !
Je ne t'ai point caché ma nouvelle faiblesse :
La beauté fut toujours l'écueil de ma vertu.

PHILOCTÈTE.
On succombe aisément au danger que l'on aime.
Ton coeur ne connaît pas ce qu'il peut sur lui-même.
Il eut vaincu l'amour, s'il l'avait combattu.
Vois Déjanire dans les larmes ;
Vois du plus tendre hymen les fruits abandonnés.
A la honte, à l'oubli les as-tu condamnés ?
Rompras-tu sans remords des noeuds si pleins de charmes ?

HERCULE.
Trop indigne des noms & de père & d'époux,
Je veux bien t'avouer la fureur qui m'anime .
J'immolerais mon fils pour première victime,
Si je m'abandonnais à mes transports jaloux.

PHILOCTÈTE.
Hilus !

HERCULE.
Il a su plaire à l'objet qui m'enflamme.
La haine & la pitié, la nature & l'amour
Partagent tour à tour
Et déchirent mon âme.

PHILOCTÈTE.
Tous les monstres encor ne sont pas terrassés.

HERCULE.
L'amour est dans mon coeur une Hydre renaissante.

PHILOCTÈTE, vivement.
Ranime contre lui ta force renaissante.

HERCULE.
Je le veux, mais en vain.

PHILOCTÈTE.
Tu le veux, c'est assez.

(Une symphonie guerrière annonce l'arrivée des combattants.)

Mais j'entends dans les airs la trompette éclatante.
Les jeux sont annoncés.

 

Scène III.

HERCULE, PHILOCTÈTE,
GUERRIERS, Compagnons d'Hercule, portant des trophées composés des dépouilles des Tyrans & des Monstres qu'il a domptés.
THESSALIENS & THESSALIENNES.

HERCULE, se tournant vers le Temple de Jupiter.
Arbitre des destins, ô toi dont la puissance
Remplit l'immensité des Cieux !
Dieu souverain de tous les Dieux !
Reconnais un mortel qui te doit la naissance.
J'ai puni comme toi le crime audacieux ;
Comme toi j'ai vengé la timide innocence ;
De ton sang immortel suis-je digne à tes yeux ?
Arbitre des destins, &c.

LE CHŒUR.
Chantons Alcide & ses combats.

HERCULE, vivement & avec reconnaissance.
Chantez, chantez le Dieu terrible
Qui donne la force à mon bras.

LE CHŒUR.
Chantons Alcide & ses combats.
Les Tyrans sont domptés, & la terre est paisible.

HERCULE & PHILOCTÈTE.
Chantez, chantez le Dieu terrible
Qui donne la force à mon/son bras.

LE CHŒUR.
A sa valeur rapide il n'est rien d 'impossible.
Et partout la victoire a volé sur ses pas.
Chantons Alcide & ses combats.
Chantons.

HERCULE & PHILOCTÈTE.
Chantez le Dieu qui me/le rend invincible.

LE CHŒUR.
Chantons Alcide & ses combats.

LE CHŒUR & ALCIDE.
Chantons/chantez le Dieu terrible
Qui donne la force à son/mon bras.

(Les jeux commencent par le combat de la lutte : le prix est la peau d'un tigre. Le vainqueur après l'avoir reçue des mains d'Hercule, exprime son triomphe en dansant.)

(Le prix du chant est une lyre.)

(On présente en dansant des couronnes aux vainqueurs.)

UN THESSALIEN.
Volez, amours, sur le char de la gloire.
Pour les Héros les doux loisirs sont faits.
L'aimable Paix embellit la Victoire,
Et les Plaisirs embellissent la Paix.

Dans les combats voyez Mars en colère,
Il fait frémir l'Univers alarmé.
Près de Vénus voyez Mars à Cythère,
Rien n'est plus doux que ce Dieu désarmé.

LE THESSALIEN, avec le Choeur.
Volez amours, &c.

HERCULE.
Peuples, que l'Univers célèbre, à votre exemple,
Ce jour que je consacre à des jeux solennels.
A Jupiter mon père élevons des Autels ;
Et que ces monuments suspendus dans son Temple
Rappellent mes travaux & sa gloire aux mortels.

(Les Peuples & les Compagnons d'Alcide se retirent sur une fanfare.)

 

Scène IV.

HERCULE, PHILOCTÈTE, HILUS, LICHAS.

HERCULE.
Quoi ! mon fils de retour ?

HILUS, présentant la robe envoyée par Déjanire.
De l'amour le plus tendre r
Recevez l'offrande & les voeux.
Rendez à Déjanire un époux glorieux.
Venez tarir les pleurs que vous faites répandre.
Ah ! que n'avez-vous pu l'entendre !
Que n'avez-vous pu voir éclater ses transports.
Son coeur s'élançait vers ces bords,
Impatient de vous attendre.
Seigneur, venez jouir d'un spectacle si doux.
Déjanire est tremblante, & n'ose croire encore
Que le sort apaisé lui rende son époux.
Les Dieux même, les dieux que l'Univers adore
Ne sont pas aimés comme vous.

PHILOCTÈTE, bas.
Entre un coupable amour & la plus belle flamme,
Alcide, à quoi te résous-tu ?
Le crime & la vertu se disputent ton âme ;
Vas-tu céder au crime & trahir la vertu ?

HERCULE, bas.
Je le vaincrai ce coeur trop longtemps combattu.

(Haut, à Hilus.)

Vous ne me parlez point de la jeune captive.

HILUS.
La Reine qui la plaint daigne essuyer ses pleurs.

HERCULE.
Est-ce assez d'adoucir, de plaindre ses malheurs ?
Dans un humble esclavage est-ce assez qu'elle vive ?
Le Ciel l'a mise au rang des Rois :
Mon fils, du diadème il faut ceindre sa tête ;
Et pour la couronner c'est vous dont je fais choix.

HILUS.
Moi, Seigneur !

HERCULE.
Vous l'aimez ; je vous cède mes droits,
Et je vous remets ma conquête.

HILUS, aux pieds d'Alcide.
Mon père ! ah, ce bienfait m'est plus cher que le jour.

PHILOCTÈTE.
Enfin je reconnais Alcide.

HERCULE.
La vertu dans mon coeur te devra son retour ;
Et sans l'amitié qui me guide
Je me laissais encore égarer par l'amour.
Avant de quitter ce rivage
Allons à Jupiter présenter notre hommage.
Viens, Lichas, porte-moi ce voile précieux :
Puis-je m'en revêtir pour un plus digne usage
Que pour sacrifier au Souverain des Dieux ?

FIN DU TROISIÈME ACTE.

 

ACTE QUATRIÈME.

Le Théâtre représente le vestibule du temple de Jupiter, à Trachine.

Scène Première.

DÉJANIRE, DIRCÉ.

DÉJANIRE, éperdue.
Qu'ai-je fait ! ô Nessus, ta fureur m'a trompée.

DIRCÉ.
Reine, qui peut vous alarmer ?

DÉJANIRE.
Juge du coup mortel dont mon âme est frappée.
Le sang où la robe est trempée,
A mes yeux vient de s'enflammer.
Tremblante au bord du précipice,
J'avais craint d'employer ce funeste artifice :
Tu m'en as inspirée la coupable dessein ;
Ou plutôt c'est l'Enfer qui l'a mis dans mon sein.

LA JALOUSIE, traversant les airs.
Oui, reconnais la Jalousie,
Compagne & tyran de l'amour.

DÉJANIRE.
Ciel !

LA JALOUSIE.
Je servais Junon, & Dircé m'a servie.
Pleure Alcide expirant ; tu le perds sans retour.

(Dircé s'éloigne, désespérée, & la Furie disparaît.)

 

Scène II.

DÉJANIRE, seule.
Dieu, grand Dieu, sois sensible à ma douleur profonde.
Protège un Héros cher au monde :
Hélas ! il est ton sang, il est digne de toi.

(Les Femmes de Déjanire accourent à ses cris, le Temple s'ouvre & les Prêtres paraissent.)

 

Scène III.

DÉJANIRE, FEMMES de sa Suite,
PRÊTRES de Jupiter.

DÉJANIRE.
Ministres des Autels, partagez mon effroi.
De ce Héros, l'espoir, le vengeur de la terre,
D'Alcide en ce moment les jours sont menacés :
Attirez sur moi le tonnerre,
Qu'Alcide vive, c'est assez.

LE CHŒUR, avec DÉJANIRE.
Dieu, grand Dieu, sois sensible à sa/ma douleur profonde,
Protège un Héros cher au monde.

DÉJANIRE.
De tes Autels j'approche en frémissant.
Mon crime m'a rendu ton Temple redoutable.
Hélas ! ma main seule est coupable,
Et mon coeur, tu le sais, mon coeur est innocent.

DÉJANIRE avec LE CHŒUR.
Dieu, grand Dieu, sois sensible à ma/sa douleur profonde,
Protège un Héros cher au monde.

(On danse.)

LE GRAND-PRÊTRE & LE CHŒUR.
Père d'Alcide, à tes genoux,
Pour lui nos voeux se font entendre.
Veille sur lui comme il veille sur nous ;
Rend lui les biens qu'il prend soin de répandre.

(Les Prêtres préparent le Sacrifice.
La dense exprime les voeux des Femmes de Déjanire.
L'Autel tremble & le Tonnerre gronde.)

DÉJANIRE.
Le Temple est ébranlé ! Quels éclats menaçants !

LE GRAND PRÊTRE.
Fuis, tremble, épouse criminelle.
Le Ciel avec horreur rejette ton encens.

(Le Temple se ferme.)

 

Scène IV.

HILUS,  DÉJANIRE.

DÉJANIRE.
Ah, mon fils !

HILUS, éperdu.
Dieux ! qu'entends-je ? & quelle voix m'appelle ?

DÉJANIRE.
Tu méconnais ta mère ! Arrête.

HILUS.
Laissez-moi.
Ce nom me fait frémir d'effroi.
Allez, allez cacher dans la nuit éternelle
Un forfait qui vous rend l'horreur de l'Univers.
Quand je crois présenter les dons d'une main chère,
C'est votre fureur que je sers !
Vous rendez votre fils le bourreau de son père !
Puis-je à ce trait affreux reconnaître ma mère ?

DÉJANIRE.
Hélas ! c'est donc fait.

HILUS.
Le plus grand des humains,
Alcide, votre époux, l'auteur de ma naissance
A reçu la mort de mes mains.

DÉJANIRE.
Injustes Dieux ! cruels destins !
C'est vous qui dans le crime entraînez l'innocence.

HILUS.
Alcide expire, consumé
Du feu que dans son sein vous avez allumé.
Couvert de la robe fatale,
Il marchait à l'Autel ; une flamme infernale
Tout à coup pénètre ses sens.
Il veut de la douleur étouffer les accents ;
Mais il n'en peut dompter l'horrible violence,
Et par les cris les plus perçants
Il rompt ce farouche silence.

Son corps fumant exhale une noire vapeur :
A ses flancs embrasés le voile affreux s'attache
Il le déchire avec fureur ;
Mais en lambeaux sanglants c'est en vain qu'il l'arrache,
Et le poison rapide a coulé dans son coeur.
Il tombe, il se débat en mordant la poussière :
Des pleurs mêlés de sang inondent sa paupière :
Il se relève avec effort,
Il embrasse l'Autel, il implore la mort.
Tout frémit : la terreur l'environne & nous glace.
Il me voit, il m'appelle, & je m'approche éperdu.
Malheureux, m'a-t-il dit, ton erreur m'a perdu ;
Mais elle est innocente, & ta douleur l'efface.
Traîne-moi loin de ces Autels
Que ma faiblesse déshonore ;
Fuyons, puisque je vis encore,
Et cessons d'exciter la pitié des mortels.
Vous l'allez voir.

DÉJANIRE.
Après mon crime,
Le voir ! Ah ! je vais le venger.
De mes transports jaloux ton père est la victime.
Par un charme inconnu j'ai voulu l'engager ;
Ce charme est un poison funeste
Qu'une furie a préparé.
La rage des Enfers, la colère céleste,
Rien n'excuse l'erreur de mon coeur égaré.
Qu'Alcide en mourant me déteste ;
Que de tout l'Univers mon nom soit abhorré.
Mais en fermant les yeux de ton malheureux père,
Peins-lui le désespoir de ta coupable mère ;
Et dis-lui que mon coeur l'a toujours adoré.

FIN DU QUATRIÈME ACTE.

 

ACTE CINQUIÈME.

Le Théâtre représente le Mont Eta environné d'épaisses Forêts.

Scène première.

LES GUERRIERS, Compagnons d'Hercule, élevant son bûcher.

LE CHŒUR.
Alcide au tombeau va descendre.
Qui méritait mieux des Autels ?
Hélas ! du plus grand des mortels
Il ne va rester que la cendre.
Alcide, &c.

 

Scène II.

HERCULE, PHILOCTÈTE,
 & les précédents.

HERCULE, se traînant sur le bûcher.
Enfin, je succombe à ma rage.
L'excès de ma douleur a vaincu mon courage.

(A Philoctète.)

Cruel, à mes tourments veux-tu m'abandonner ?

PHILOCTÈTE.
De ta gloire à jamais ce seul instant décide.
Ose souffrir la vie, ose la couronner
Par une mort digne d'Alcide.

HERCULE.
Quelle mort ! sous les coups d'une femme perfide !
Oui, je veux lui survivre ; oui, je veux de ma main
Arracher son coeur inhumain.
Qui la dérobe à ma vengeance ?
Quoi ! mon fils avec elle est-il d'intelligence ?
Il me fuit !

PHILOCTÈTE.
Tu le vois dans la douleur plongé.

 

Scène III.

HERCULE, PHILOCTÈTE, HILUS.

HERCULE, à Hilus.
Approche. Hé bien, suis-je vengé ?
Viens-tu d'immoler ma victime.

HILUS.
Elle est ma mère.

HERCULE.
Après son crime
Peux-tu la nommer sans horreur ?

HILUS.
Hélas ! connaissez son erreur.
Pour vous rendre à ses voeux, dans ses tendres alarmes
Elle n'a cru employer qu'un secours innocent.
Nessus l'avait trompée ; & ce venin puissant
Est le sang du perfide infecté par vos armes.

HERCULE.
Son coeur n'est point coupable ?

HILUS.
Ah ! croyez-en mes larmes
Et la douleur qu'elle ressent.

CHŒUR de Femmes dans l'éloignement.
O jour fatal ! ô mort cruelle !

HERCULE.
Qu'entends-je ? quel cri gémissant

 

Scène IV.

IOLE, LES FEMMES de Déjanire,
& les précédents.

LE CHŒUR, en s'approchant.
O jour fatal ! ô mort cruelle !

HILUS, à Iole.
La Reine ?...

IOLE.
Elle n'est plus.

HILUS.
O mon père !

IOLE.
A nos yeux
Elle vient d'expirer, en demandant aux Dieux
D'épuiser leur rigueur sur elle.

HERCULE, HILUS & le CHŒUR.
O jour fatal ! ô mort cruelle.

HILUS.
Nos malheurs sont comblés.

HERCULE.
Il faut les soutenir.
Venez, trop aimable captive.
Pour essuyer vos pleurs que mon fils me survive.
En mourant je dois vous unir.
Je dois de Palénor calmer l'ombre plaintive.

(A son fils.)
Tous mes maux vont finir : mon fils, embrasse-moi...
Non, non, arrête, éloigne-toi ;
Ah ! crains de respirer le feu qui me consume :
Avec plus de fureur je sens qu'il se rallume.
Quels accès ! quel supplice ! ô Dieux qui m'éprouvez,
Qui vous offrit jamais plus d'encens, de victimes ?
Et si tel est le sort que voue me réservez,
Quel sort destinez-vous aux crimes ?

(Il succombe.)

Viens, mon fils, sois témoin de l'excès de mes maux.
Peuples heureux par mes travaux,
Est-ce là ce bras invincible,
Ce bras sous qui tombaient les lions étouffés ?
Desséché, consumé d'une flamme invisible,
Le reconnaissez-vous dans cet état horrible ?

Hercule est abattu ; Tyrans vous triomphez.

(Il se lève.)

Au défaut de mes mains tremblantes
Hâtez-vous de me secourir.
Je souffre mille morts, & je ne puis mourir.
Déchirez, dispersez mes dépouilles sanglantes.
Arrachez de mon sein mes entrailles brûlantes.

Lâches, vous frémissez, vous m'abandonnez tous.
Où sont-ils, ces brigands dont j'ai purgé la Terre ?
Ils seraient moins cruels que vous.

Dieux ! accordez-moi le tonnerre.

(Il retombe sur le bûcher.)

HILUS & le CHŒUR.
Il expire dans les tourments.

PHILOCTÈTE.
Alcide !... quels gémissements !

HERCULE. (Il se relève.)
Mes yeux anéantis vont perdre la lumière.
Hilus, jure-moi d'accomplir
La volonté d'un père à son heure dernière.

HILUS.
Ordonnez.

HERCULE.
Jure-moi que tu vas le remplir.

HILUS.
J'en atteste les Dieux.

HERCULE. (Il monte sur le bûcher.)
Viens délivrer mon âme
De son infernale prison.
Au bûcher de ton père ose porter la flamme.

HILUS, épouvanté.
Moi !

HERCULE.
Frémis du parjure & de la trahison.

HILUS.
Vous voulez que je sois l'horreur de la nature !
Les Dieux me puniraient si je n'étais parjure.

HERCULE.
Obéis, tu le dois.

HILUS.
Je ne puis.

HERCULE.
Je le veux.

HILUS.
Mon père !

PHILOCTÈTE.
Alcide !

HERCULE.
Ah malheureux !

(La foudre tombe sur le bûcher & l'allume, Hercule est enveloppé par les flammes. Tout à coup le bûcher se transforme en un Char, sur lequel Hercule paraît triomphant.)

 

Scène dernière.

LES PRÉCÉDENTS, HERCULE ;
JUPITER sur son trône, environné de la Cour céleste.

JUPITER à Hercule.
Viens, mon fils, viens jouir de ta gloire nouvelle.
La flamme a consumé ta dépouille mortelle ;
Triomphe du trépas, affranchi de ses lois.
Dieux, il est votre égal. Terre, il est mon image.
Mondes qui m'adorez, rendez-lui notre hommage.
Astres brillants des cieux, retracez ses exploits.

(Le Char d'Hercule s'élève jusqu'au pied du trône de Jupiter.)

CHŒUR général.
La Cour céleste & le Peuple.

Que tout l'Univers soit son Temple :
Il est rempli de ses bienfaits.
Que sa gloire soit à jamais
Des vertus l'espoir & l'exemple,
Et l'épouvante des forfaits.

(Les Divinités célestes descendent & forment des danses.
Cette fête est l'apothéose d'Hercule.)

HERCULE, en s'élevant aux cieux.
Peuples, recevez mes adieux.

(A Philoctète.)
Digne ami, c'est à toi que je laisse mes armes.

(A Hilus.)
Mon fils, j'aurai sur vous les yeux.

(A Iole.)
Princesse, embellissez la Terre par vos charmes ;
Mais tournez quelquefois vos regards vers les Cieux.

(Un Divertissement général termine l'Opéra.)

FIN.

 

 

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