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Il faut se rendre à ce palais magique
Où les beaux vers, la danse, la musique
L'art plus heureux de séduire les coeurs
De cent plaisirs font un plaisir unique

Voltaire.

Plusieurs personnes s'imaginent que ce n'est point à l'Opéra qu'il faut chercher l'esprit, qu'avec deux cent mots combinés que ce genre admet, il n'est pas possible de penser et d'écrire comme il faut, qu'enfin le succès d'un opéra ne dépend aucunement des paroles. Aussi M. Despréaux se moque-t-il d'un homme :
"Qui va voir l'Opéra seulement pour les vers".
in, Guyot-Desfontaines, 1739
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Si le ballet plaît à l'esprit par le finesse des allusions, l'opéra charme les yeux et les oreilles par la magnificence du spectacle et par la beauté du chant ; vouloir examiner le poème suivant les règles du drame, c'est s'exposer à prendre le change et à porter un faux jugement... Un opéra sera parfait lorsqu'à d'excellents accords, on joindra une ingénieuse variété de changements de scènes et de machines... On fait trop d'honneur à l'opéra quand on le fait venir des Grecs (ainsi que Madame Dacier l'a dit). Ceux qui prétendent que l'Oedipe de Sophocle se chantait d'un bout à l'autre sur le théâtre d'Athènes, comme l'Atys de Quinault se chante sur le théâtre de Paris, connaissent mal la mélopée des Anciens... Dans l'opéra la poésie est soumise à la musique, et le musicien règle le poète... On voulait des images et des peintures dans une espèce de poème qui ne demande que des sentiments, ce n'est que bien tard que l'on a compris que ce qui passait pour un défaut faisait le mérite de la poésie.
Juvenel de Carlencas, Essais sur l'histoire des Belles-Lettres, des Sciences, et des Arts, Lyon 1740-44.

Un spectacle aussi bizarre que magnifique, où les yeux et les oreilles sont plus satisfaites que l’esprit, où l’asservissement de la musique rend nécessaire les fautes les plus ridicules, où il faut chanter des ariettes dans la destruction d’une ville, danser autour d’un tombeau, où l’on voit le palais de Pluton et celui du Soleil, des dieux et des démons, des magiciens, des présages, des monstres, des palais formés et détruits en un clin d’œil. On tolère les extravagances, on les aime même, parce qu’on est dans le pays des fées. Et pourvu qu’il y ait du spectacle, de belles danses, une belle musique, on est content.
Voltaire, Préface d’Œdipe.
Il m’a donc paru en général, en consultant les gens de lettres qui connaissent l’antiquité, que ces tragédies opéra sont la copie & la ruine de la tragédie d’Athènes. Elles en sont la copie en ce qu’elles admettent la mélopée, les chœurs, les machines, les divinités : elles en sont la destruction, parce qu’elle accoutumé les jeunes gens à se connaître en sons plus qu’en esprit, à préférer leurs oreilles à leur âme, des roulades à des pensées sublimes, à faire valoir quelquefois les ouvrages les plus insipides & les plus mal écrits, quand ils sont soutenus par quelques airs qui nous plaisent. Mais malgré tous ces défauts, l’enchantement qui résulte de ce mélange heureux de scènes, de chœurs, de danses, de symphonies, & cette variété de décorations, subjugue jusqu’au critique même ; & la meilleure comédie, la meilleure tragédie n’est jamais fréquentée par les mêmes personnes aussi assidûment qu’un opéra médiocre.
Voltaire, Dissertation sur la Tragédie.
Cela annonce la chute de l’opéra, et peut-être que le nouveau spectacles des Italiens la précipitera. Qu’y aurons-nous gagné ? C’est qu’il ne nous restera ni opéra français, ni italien, ou si nous avions celui-ci, nous perdrions encore au change en convenant même de la supériorité pour la musique, car, soyons de bonne foi, l’opéra italien fait un spectacle aussi imparfait que les chanteurs qui en sont l’ornement : tout y est sacrifié au plaisir de l’oreille. Notre opéra fait un spectacle combiné et complet où la poésie, la musique, la danse, la mécanique, concourent au même objet et dont le résultat est un plaisir des sentiments où l’âme est de moitié avec les sens ; de simples airs, la plupart délicieux, il est vrai, peuvent-ils nous dédommager de cette perte ?
Grimm, Les Nouvelles littéraires, p.130.


Chronologie et discographie des Ballets et Opéras français
French operas and ballets Chronology and Discography